Éric Mangin, cofondateur de NooS Global

Biologiste de formation, Éric part au Cambodge au début des années 2000 pour co-créer des projets avec des entrepreneurs des villages du royaume. En qualité d’expert en socio-économie, il contribue également à des projets de plus grande ampleur co-financés par la Banque Mondiale et la Banque Asiatique de Développement.

Ces expériences lui permettent de forger et d’affiner une vision originale de l’impact en général et de l’aide internationale en particulier, dans laquelle l’entrepreneuriat tient une place prépondérante.

Ainsi, en marge de ses projets humanitaires et afin de mieux comprendre le fonctionnement d’une entreprise, il accepte une mission de DRH & DAF au sein de la filiale chinoise du groupe français SNF.

En 2015, il devient entrepreneur social avec un premier projet avant-gardiste U2Guide qui promeut des expériences touristiques et solidaires.

En 2019, en synthèse de toutes ses expériences, il lance NooS Global aux côtés de Paul Thiroloix, Lucas Petit et María Llinás. NooS est un outil qui permet aux entreprises d’accélérer leur impact positif au bénéfice de la planète et de la société.

Entretien avec un entrepreneur inspirant : Éric Mangin

L’entrepreneuriat pour vous : circonstance, envie ou certitude ?

L’entrepreneuriat fut d’abord une circonstance puis progressivement une certitude. Avec beaucoup d’envie, évidemment.

En 2003, alors que je développais des projets humanitaires au Cambodge, j’ai pu accompagner quelques villages dans le développement de l’entrepreneuriat local afin de financer des services publics alors inexistants. Ce fut un véritable succès. Cela m’a conforté dans l’idée que l’entreprise doit tenir un rôle fondamental dans le financement du bien commun – ce que Marcel Mauss appelait l’économie de prestige.

Après des expériences engagées (présidence ONG) ou plus corporate (DRH et DAF pour une MNC), l’entrepreneuriat est devenu pour moi un formidable médium pour créer et fédérer des équipes autour de projets engagés.

Je suis convaincu que le monde possède suffisamment de ressources et de talents pour résoudre la plupart des problèmes auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui – et que l’entrepreneuriat peut et doit œuvrer à dessein.

Aujourd’hui, dans l’univers startup, on parle principalement des Fintech, des AssurTech, etc. Quel message aimeriez-vous faire passer à ce sujet avec NooS ?

Il me semble que les exemples que vous citez permettent principalement d’améliorer l’expérience des utilisateurs en simplifiant bon nombre d’actions – et c’est une très bonne chose.

Face aux défis environnementaux et sociétaux d’aujourd’hui, les acteurs techs comme NooS – communément appelés acteurs Tech4Good – nourrissent l’ambition de produire des solutions au bénéfice de la planète et de la société. Cela présuppose des complexités supplémentaires. Par exemple, en plus de tous les objectifs business des Fintech ou AssurTech (ventes, usage etc), une entreprise Tech4Good doit également proposer des objectifs sociaux ou environnementaux solides et pertinents.

Lors de la création de NooS, quel besoin de marché avez-vous identifié ? 

Aujourd’hui (et la pandémie a joué le rôle de catalyseur), une écrasante majorité des clients et des employés d’une entreprise attendent que celle-ci agisse positivement au bénéfice de la planète et de la société.

Dans un premier temps, la communication sur ces sujets devient critique pour l’entreprise puisqu’elle influe sur sa capacité à recruter et fidéliser des employés d’une part et à stimuler la clientèle d’autre part (ou tout simplement de répondre à un appel d’offres plus vertueux).

Ensuite, les actions internes ne suffisent plus pour se démarquer puisque ces actions sont de plus en plus perçues comme des prérequis par les parties prenantes d’une entreprise : l’entreprise doit être moins néfaste certes, mais elle doit également produire des actions positives pour la communauté.

De plus, les employés demandent de plus en plus une RSE moins distante et plus participative – en d’autres mots, à faire partie intégrante du changement positif de leur entreprise.

Enfin, la communication sur ces sujets est sensible et le risque de greenwashing est réel : il faut donc ancrer ses travaux dans des faits concrets plutôt que sur des promesses.

L’objectif de NooS est de répondre à ces enjeux avec un outil qui permet aux entreprises d’ancrer leur marques dans des actions positives, tangibles et mesurables, tout en impliquant concrètement leurs employés (et même leurs clients).

La prochaine grosse étape de NooS, c’est quoi ?

De passer à l’échelle «industrielle» tout en conservant nos valeurs collectives et également le soin avec lequel nous accompagnons chacun de nos clients. Avec mes co-fondateurs, nous tentons de toujours avoir à l’esprit les nouveaux membres de notre communauté grandissante : que ce soit l’intégration de nos 100 futurs collaborateurs ou celle de nos 1000 nouveaux clients. Cette mise à l’échelle sera la clé.

Quel a été votre premier grand succès dans l’aventure NooS ?

Le premier grand succès de NooS, c’est d’abord l’équipe que nous avons su créer : une équipe inclusive, stable et épanouie (score de NPS de 9,6/10), que nous tentons de faire progresser sur des modèles d’organisation libérée. En outre, son intelligence et sa créativité nous permettent d’avancer très vite, tout en faisant peu de fautes.

Outre l’équipe, NooS a su mobiliser un nombre important d’investisseurs engagés qui nous aident également en fonction de leur temps et de leurs moyens.

Si il y avait une chose, une seule, que vous feriez autrement concernant votre startup, ce serait quoi ?

De co-développer une partie de notre solution avec un prescripteur majeur, permettant de premières adoptions beaucoup plus simples. En effet, signer les premiers clients requiert beaucoup de temps et d’énergie et un tel partenariat aurait pu faciliter cette étape cruciale. D’autant que ce sont les premiers clients qui offrent véritablement les premiers retours sur les qualités, mais aussi sur les manquements et défauts du produit qu’ils utilisent.

Si je vous dis juste… « NooS ». Quel est le premier sentiment qui vous vient ?

Une grande fierté.

Le plus dur pour une entreprise sociale, c’est de pouvoir développer l’entreprise tout en ayant un impact positif.

Nous allons bientôt fêter nos 3 ans avec de nombreux clients fidèles. Aucun ne nous a quitté depuis le début de l’aventure. Notre outil répond à leurs besoins d’engagement concret et mesurable ainsi que de ressources humaines (aujourd’hui, jusqu’à 8 employés sur 10 utilisent NooS). Et surtout, NooS a permis générer et d’impulser de formidables actions sur le terrain :

  • 122 493 arbres plantés ou sauvés
  • 392 hectares de mers et terres préservés
  • 11 698 heures de formation dispensées à des populations en situation de vulnérabilité
  • 43 514 kg de déchets détournés de milieux naturels
  • et bien plus !

Ces résultats sont un de mes grands boosts de motivation au quotidien. Avec mon équipe, j’ai hâte de continuer à apprendre au quotidien et de développer le meilleur outil tant pour faciliter l’engagement des entreprises que pour construire un monde plus juste et durable.

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