Forêt urbaine : créer des forêts natives avec la méthode Miyawaki

En France, comme ailleurs dans le monde, la densité de la population s’accentue au fil des années. Ce phénomène est particulièrement intense dans certaines régions. Déjà, les villes comme Paris, Levallois-Perret ou encore Vincennes ont dépassé la barre des 20.000 habitants/km². Cette agglutination, issue d’une répartition inégale, ainsi que la multiplication des infrastructures industrielles, ont conduit à une pollution environnementale inévitable.

Les gaz à effet de serre ont accéléré le phénomène de réchauffement climatique qui menace, telle une épée de Damoclès, notre planète et ses habitants. Les épisodes caniculaires en ville se multiplient. En parallèle, les réserves de forêt, qui sont les principaux éléments pouvant permettre de ralentir ce processus de dégradation de l’environnement, sont elles aussi détruites pour nourrir les ambitions économiques d’entreprises toujours plus gourmandes.

Face à un tableau aussi sombre, il y a nécessité de repenser la vie en métropole, en optant notamment pour la création de forêts urbaines. Pour y arriver, l’une des méthodes applicables est la méthode Miyawaki.

 

 

 

 

Les 5 étapes de la méthode Miyawaki

Concept du botaniste Japonais Akira Miyawaki, cette méthode de plantation consiste à créer une forêt native dans un délai court sur des espaces urbanisés ou dégradés par l’homme. Cet écosystème capable d’atteindre la maturité en 2 décennies tout au plus contribuera à une plus grande absorption du CO2 et à un enrichissement de la biodiversité. Sa mise en place comporte 5 étapes.

 

Identification des espèces autochtones

La première étape de la méthode Miyawaki consiste à identifier au moins 50 essences autochtones et climaciques via une étude. Celle-ci portera sur la végétation potentielle de la zone de reforestation. L’objectif est de procéder à une récolte des graines, pépins ou plants de ces espèces en forêt lors de la germination. Pour espérer atteindre des résultats probants, ces graines devront être génétiquement adaptées aux exigences écologiques et géo-bioclimatiques de la zone. Dans cette perspective, il sera idéal d’effectuer les sélections dans les environs du futur espace à reboiser.

 

Semer et élever les espèces en pépinière

Dans la mise en œuvre de la technique Miyawaki, la phase d’identification laissera place à celle de l’ensemencement et de la constitution en pépinière des essences. Pendant 2 ans, on apportera à ces jeunes plants le soin et la protection requis, et ce, à proximité du site qui recevra la plantation finale. Dans le but que ces espèces en croissance puissent mieux s’acclimater à leur futur environnement, il est recommandé de les y exposer pendant un délai d’au moins une semaine à un mois.

 

Préparer le terrain

La préparation du terrain est une étape essentielle dans la mise en œuvre de la méthode Miyawaki. Après avoir mis en place la pépinière, il faudra procéder à la création de monticules de terre meuble sur la parcelle qui servira à accueillir la plantation. Cette technique vise non seulement à optimiser la disponibilité de la lumière, mais également à évacuer l’eau de pluie lorsque le sol est argileux. De même, elle permettra de limiter les pertes d’eau si le sol est sableux.

Ensuite, il faudra nourrir les jeunes plants avec des copeaux de bois, des amendements naturels qui favorisent le développement des végétaux décomposés et des mycorhizes.

 

L’étape de la plantation participative

Pour son initiateur, cette technique de reforestation se veut un festival qui nécessite l’implication et la sensibilisation des populations locales. Afin de reproduire le mieux possible la complexité d’un milieu naturel, les graines seront disposées de façon dense et aléatoire. Cette méthode de reproduction doit son bien fondé à un constat effectué au niveau des forêts primaires, au sein desquelles on remarque que sur environ 900 graines qui tombent dans un mètre carré, seuls 3 à 5 jeunes plants prennent racine.

L’objectif est donc de respecter le même ratio et de créer les conditions d’une émulation et d’une coopération naturelles entre les espèces. Ensuite, il faudra veiller à leur protection contre les attaques des ravageurs, le gel en hiver ou les plantes adventices, et leur apporter de l’humidité en été.

 

Suivre la forêt sur 3 ans

Une fois la plantation réalisée, place au suivi durant une période variant de 1 à 3 ans. C’est la période au cours de laquelle les jeunes pousses doublent de taille chaque année. Après 3 années, la forêt en croissance devient autonome et ne nécessite plus d’entretien pour devenir mature. Alors que l’obtention d’une forêt mature nécessite en principe 200 ans, il est possible d’atteindre un résultat équivalent en 2 décennies avec la méthode Miyawaki. Déjà, après 5 ans, on pourrait assister à la présence d’une canopée ferme.

 

 

Des villes plus écologiques grâce aux forêts urbaines

Selon l’OMS, en raison de la densité de la population urbaine, qui représente 54% de la population mondiale, la pollution atmosphérique augmente de façon rapide, à un point tel que 9 personnes sur 10 respirent un air pollué. Au CO2 naturel s’ajoutent les particules fines produites par l’usage de la voiture et des chauffages de bâtiments. Ces particules, dont les arbres seuls permettent de se débarrasser en partie, sont hautement cancérigènes et à l’origine de troubles cardio-vasculaires. Il est donc urgent d’adopter la reforestation urbaine, pour parvenir à des villes durables et écologiques.

Dans cette perspective, grâce à sa capacité à régénérer des forêts natives sur des sols abîmés par l’homme, la méthode Miyawaki est un concept incontournable et un puissant levier pour végétaliser nos espaces citadins et les rendre plus écologiques. Selon la FAO, l’air ambiant peut être rafraîchi de 2 à 8°C par les arbres urbains. Ces derniers sont également capables de réduire la concentration en particules fines de 20% à 50% selon l’association Nature Conservancy. Ils demeurent donc la réponse à la construction de villes écologiques et durables.

 

 

Portrait du botaniste Akira Miyawaki

Expert en écologie végétale, le docteur Akira Miyawaki est un célèbre botaniste spécialisé dans les graines et l’étude de la naturalité des forêts. Né en 1928 à Okayama au Japon, il a étudié en Allemagne et dans 3 universités japonaises de renom. En Asie, il est un pionnier de l’écologie rétrospective appliquée à la restauration des forêts. Il est également un spécialiste mondial de la restauration de végétations naturelles sur sols dégradés, industriels, urbains ou périurbains.

Dans plusieurs de ses ouvrages et lors de nombreux colloques, il défend et démontre que les forêts sont essentielles à la survie de l’humanité, et qu’il est aujourd’hui urgent de les restaurer et de les protéger. Homme de science au parcours atypique, le botaniste japonais continue ses recherches, malgré le fait qu’il ait déjà formé de nombreux étudiants et son âge plutôt avancé (92 ans).

 

 

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