Créer une forêt primaire en Europe, le grand projet du botaniste Francis Hallé

L’impact de la déforestation sur le climat et la biodiversité est si considérable que certains scientifiques s’inquiètent pour la qualité de la vie sur terre dans les prochaines décennies. Ainsi, le botaniste Francis Hallé recommande aux États de prendre des mesures d’urgence pour éviter la disparition complète des forêts. En vue d’étayer ses propos, il ne manque pas d’idées pour restaurer la biodiversité végétale. Entre autres projets auxquels on l’identifie se trouve la création d’une forêt primaire en Europe. De fait, des forêts primaires disparaissent régulièrement de tous les continents. En Europe particulièrement, la situation est très alarmante.

 

 

Un projet d’envergure

Est qualifiée de primaire une forêt intacte, c’est-à-dire qui n’a pas été exploitée et modifiée par l’humain. La création d’une telle forêt est donc un projet colossal que met en place le botaniste Francis Hallé, qui étudie et explore le monde végétal depuis plusieurs années, tout en militant pour sa préservation. Directeur scientifique de « Radeau des cimes », une équipe d’expédition sur la biodiversité, il est un spécialiste de l’exploration des forêts tropicales.

Le projet de création d’une forêt primaire en Europe est un projet très ambitieux, d’autant plus qu’il s’étend sur un millénaire. Ce délai est donné en fonction de la durée nécessaire pour que les forêts se régénèrent dans les régions à hivers froids. Car il n’est nullement possible d’accélérer le processus de régénérescence des grands arbres en vue de raccourcir la durée du projet. Certes, la situation géographique exacte de cette forêt n’est pas encore clairement définie. Mais, selon Francis Hallé, le projet devrait couvrir une surface de 70 000 hectares et être transfrontalier. Cette superficie équivaut à celle de la forêt de Bialowieza.

 

 

La forêt de Bialowieza, située sur les territoires polonais et biélorusse, est pratiquement la dernière forêt primaire en Europe. L’exploitation dont elle fait l’objet depuis plusieurs décennies met en lumière les risques environnementaux que courent les Européens et l’importance du projet de Francis Hallé. La création d’une forêt primaire permettrait de restaurer la haute diversité biologique. C’est aussi pour cette raison que le projet s’inscrit sur une période aussi longue. De fait, on devra laisser mourir naturellement les arbres pionniers tels que les pins et les bouleaux. La désintégration progressive de ces arbres occasionnera l’apparition de nombreuses espèces de plantes et d’insectes.

Le grand projet de création d’une forêt primaire de Francis Hallé s’inscrit dans une dynamique de reforestation naturelle. L’homme n’aura pas à planter d’arbres dans cette forêt. Les arbres pionniers seront remplacés au fil des siècles par d’autres comme les frênes, les érables, etc. Ces derniers aussi disparaîtront pour laisser place à d’autres. À cette période de l’évolution du projet, il faudra faire entrer dans la forêt de grands animaux tels que les bisons. Au stade final de la création de la forêt primaire, les chênes et les hêtres seront les principaux arbres. Pour assurer l’évolution naturelle de la forêt, le prélèvement de ses ressources devra être scrupuleusement interdit.

Une telle biodiversité sera un atout majeur pour les recherches scientifiques, et il n’est pas exclu que le public puisse s’y rendre pour des sorties éducatives et ludiques, dans un environnement strictement encadré pour protéger la forêt.

 

 

 

 

Les caractéristiques d’une forêt primaire

On parle de forêt primaire lorsqu’une forêt n’a pas été défrichée et transformée par l’action humaine. Toutefois, une forêt peut redevenir primaire si elle a été exploitée dans un passé lointain et a su se régénérer à travers les siècles. Selon Francis Hallé, il faut environ 7 siècles pour qu’une forêt primaire se constitue sur un domaine défriché en milieu tropical humide ou équatorial. Par contre, pour qu’un tel phénomène se produise en milieu tempéré, 10 siècles devront passer. Cette différence de durée est due au fait que les arbres croissent toute l’année dans les régions tropicales, alors qu’ils ne le font que 5 à 6 mois par an dans les régions tempérées, à cause de l’hiver.

Dans les forêts primaires, la régénérescence naturelle des espèces végétales est prouvée par la présence de troncs d’arbres morts depuis des décennies. Par ailleurs, on y constate une remarquable interdépendance entre tous les êtres vivants. De même, le sous-bois est particulièrement clairsemé dans une forêt primaire, et les principaux arbres sont immenses et vieux de plusieurs siècles. Grandes réserves d’oxygène pour la planète via la photosynthèse, les forêts primaires ont cependant des sous-sols argileux et sableux peu fertiles. Elles régulent le cycle de l’eau douce en l’absorbant, avant qu’elle ne s’évapore pour former les nuages. En outre, les forêts primaires ont un humus fragile, protégé par le couvert forestier et le réseau racinaire.

On distingue d’une part les forêts primaires des plaines équatoriales et de l’autre, les forêts tempérées primaires de plaine. On trouve des forêts primaires des plaines équatoriales en République démocratique du Congo, en Amazonie, en Indonésie et en Mélanésie. Quant aux forêts tempérées primaires de plaine, les quelques-unes qui existent encore se localisent essentiellement en Nouvelle-Zélande, en Tasmanie, en Colombie-Britannique, sur la côte ouest des États-Unis et entre la Pologne et la Biélorussie.

 

 

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