Des magazines numériques interactifs : une piste pour relancer la presse écrite ?

Face à la chute des ventes en kiosque, la presse mise sur les abonnements numériques. Mais les versions web et pdf n’ont ni le charme, ni le confort du papier. Pour tenter de concilier les deux, Le Zéphyr, qui a lancé en 2019 une revue du même nom, planche sur le format hybride d’un magazine numérique interactif.

Les derniers tableaux de l’OJD montrent une stagnation des ventes de titres papier, mais tous les secteurs (magazines, quotidiens, presse professionnelle) voient leur diffusion numérique décoller de 10 %, en moyenne, en 2019.

Bref, la presse française limite la casse grâce aux abonnements numériques et engage une lente transition vers l’univers digital. Trop lente, selon nous.

Jusqu’ici, la plupart des éditions numériques de journaux et magazines n’étaient que de simples « archives PDF », peu adaptées à une lecture sur tablette, liseuse et smartphone. En cause : des maquettes agréables une fois imprimées, mais compliquées à suivre sur un écran, où l’on doit zoomer pour lire, jongler entre les colonnes, retrouver la suite d’un article à la page X ou Y…

C’est pourquoi, avec la revue du Zéphyr, nous avons voulu créer une édition numérique offrant une lecture confortable et, surtout, des éléments cliquables qui la rendent interactive.

 

 

Le Zéphyr, un média papier pensé pour le numérique

Concrètement, nous avons d’abord opté pour un format A5 (la demi-feuille A4), proche de la taille d’un iPad ou d’un Windows Surface. Une petite taille qui nous permettait de construire une maquette facile à lire sur écran. Un format plébiscité par nos lecteurs, mais que nous avons eu du mal à faire accepter aux kiosquiers et aux libraires : « Cela ressemble à un gratuit », « Ça se fauche trop facilement », « Ça fait cheap ». Nous nous sommes pourtant reposés sur les demandes des lecteurs – interrogés dans le cadre d’un panel – mais aussi sur le succès des petits formats de la presse féminine.

Par ailleurs, certains pro de l’édition nous reprochent, à demi-mot, la simplicité de notre maquette. Simplicité qui n’a d’autre objet que d’assurer une lecture fluide, quelque soit le support, et qui, au passage, est inspirée de celle du New Yorker.

Quant aux éléments cliquables, nos lecteurs peuvent, comme dans tout article en ligne, cliquer sur des mots contenants un lien HTML. Une petite valeur ajoutée par rapport au papier.

Autre option : nos abonnés découvrent, à chaque numéro, une playlist composée sur mesure et dont les morceaux viennent illustrer chacun des articles. On ouvre la plateforme de streaming tout simplement, en cliquant sur un bouton placé au début des articles (et sur papier en copiant un QR code).

Et pour les annonceurs, les collaborateurs ou les partenaires : nous plaçons des boutons « click here » sur les publicités et les photos. Boutons qui renvoient vers leur site web. Un véritable plus pour les marques, qui y voient un vrai avantage par rapport à une publicité papier.

 

 

Vers le multi-média

Pour aller plus loin, nous aimerions intégrer des vidéos à nos éditions numériques.

Malheureusement, pour l’instant, aucun outil de création de PDF dynamique ne permet d’insérer une vidéo – même courte – hormis la version “formulaire PDF interactif” qui ne peut être ouverte hors connexion. Nous nous contentons donc de placer un bouton “Play” sur des photos qui renvoient, après clic, vers YouTube ou Vimeo.

Nous envisageons, en outre, de confier notre magazine à des acteurs de théâtre, afin qu’ils en lisent les articles. Nous pourrons ainsi offrir à nos lecteurs la possibilité de « lire » la revue avec leurs oreilles, à la façon d’un podcast… ou de réécouter leur article préféré sous une forme enrichie par le jeu des acteurs, mais aussi une musique de fond et des sons d’ambiance. De même, les interviews (souvent partiellement réécrites et coupées pour les ajuster aux contraintes de l’écrit) seront disponibles en format audio dans leur version originale et intégrale.

 

 

Le numérique n’est pas l’ennemi du papier !

Notre pari est que tous ces petits plus soient autant d’arguments en faveur de la version numérique du magazine. Pour autant, nous ne souhaitons pas que les abonnements en ligne se substituent aux ventes papiers.

Dans notre esprit, le numérique ne vient pas concurrencer la papier. Au contraire, il le complète, l’enrichit et le revalorise. Notre idée est d’offrir une version numérique (et tous ses avantages : playlist, podcasts, vidéo…) en même temps que l’achat papier afin d’inciter le lecteur.

Cette idée naît d’un constat : tenir un magazine fait partie intégrante du plaisir de lire. L’odeur du papier, le plaisir de feuilleter, le bruit des pages sous les doigts… Lire sans livre, c’est un peu comme boire une bouteille de vin sans verre (même avec modération). Certes, un jour, les smartphones pourront passer d’un mode « lumière bleue » au mode « liseuse » en un éclair. Déjà, des applications comme Aldiko permettent des réglages de luminosité et une ergonomie de lecture optimisée. Mais, pour autant, il est probable que le papier continue de l’emporter dans le cœur des lecteurs.

Ce sentiment est partagé par nos lecteurs. Ainsi que par des professionnels du secteur. Mais ces derniers peinent à nous suivre dans notre idée. À leurs yeux, l’univers numérique garde une image de « poubelle à contenus ». Un support bas de gamme, à la différence du papier, matériau noble par excellence.

Cet état d’esprit pourrait expliquer qu’après plusieurs années de hausse des ventes en ligne, la dynamique s’essouffle aujourd’hui, faute de proposer au lecteur autre chose que du « papier numériquement recyclé ». Oui, il est grand temps d’oser autre chose !

 

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