Le digital en formation ou l’avènement du formateur 2.0

Poser la question du métier de formateur à l’ère du digital implique naturellement d’imaginer les évolutions des postures et des pratiques professionnelles générées par le numérique.
Le formateur à l’ère du digital est à distinguer de celui bloqué à l’ère de la numérisation. On ne peut en effet pas considérer que l’usage d’outils et de documents numériques dans une pratique pédagogique majoritairement expositive et frontale constitue une condition suffisante pour s’inscrire définitivement dans l’ère du digital.
Il ne s’agit que d’une condition nécessaire pour partie. Le numérique repose en effet sur la reconnaissance de l’existence d’une culture globale et suppose une vraie transformation de nos manières de former.

 

Quels peuvent être les repères de ce processus ?

Le numérique impose une nouvelle relation au savoir. Aujourd’hui chacun a accès sans effort à une quantité de données surabondante et ouverte. Le formateur, n’est donc plus le seul vecteur de cette information. Sa posture professionnelle n’est plus seulement celle d’un transmetteur mais davantage celle d’un
facilitateur proposant la recherche, le tri et la validation des données, ainsi que la résolution de problème, connaissance orientée vers les autres, transmissible à nouveau.

Cette évolution ne fait pas disparaître les moments de transmission frontale : elle les réorganise dans et hors la classe (pédagogie inversée) et les rééquilibre avec d’autres temps d’apprentissage appelés à se développer. On peut logiquement penser que le travail des apprenants à distance est ainsi amené à évoluer comme celui de l’enseignant qui pourrait ajouter à ses compétences multiples celle, plus nouvelle, de tuteur à distance ou en ligne.

La relation à l’information et au savoir évolue avec le numérique. Elle suggère de limiter la pédagogie expositive pour laisser davantage place à l’activité des apprenants dans une perspective socio-constructiviste. Les pédagogies numériques devraient être actives par essence et permettre à l’élève de co-construire ses connaissances et ses compétences avec les autres et avec le formateur. Dans ce sens l’organisation de la formation dans une dimension coopérative, voire collaborative est essentielle.  Le collectif, en réalité, retrouve sa place au travers du travail collaboratif. Celui-ci suppose aussi de voir évoluer les pratiques d’évaluation pour passer de la « compétition » à de nouvelles formes d’évaluation, par exemple l’évaluation en groupe ou l’évaluation par les pairs.

La dimension sociale de l’enseignement à l’ère de l’informatique devrait être valorisée. Le partage, l’échange ou la mutualisation deviennent essentiels. Ils induisent une évolution des relations entre l’enseignant et entre les apprenants entre eux. Ceci interroge la relation d’autorité, qui n’est plus fondée uniquement sur la maîtrise du savoir et sur la différence générationnelle, mais qui se complète d’une altérité bienveillante née d’une posture d’accompagnement. 
La dimension sociale du web 2.0 peut aussi modifier le travail de l’enseignant en dehors du temps avec les apprenants. Les outils de mutualisation, les plateformes en ligne offrent des possibilités de partage jamais proposées jusqu’ici. Elles permettent, là encore, la co-construction avec les pairs de cours et de situations d’apprentissage efficaces, l’échange en direct, favorisant l’émergence d’une organisation apprenante.

L’enseignant à l’ère du digital c’est aussi celui qui laisse éclore et se développer la créativité des apprenants. La production personnelle ou collective est une composante essentielle. Elle trouve de nouveaux moyens et de nouveaux espaces grâce aux technologies l’information, mais elle est aussi le moyen par lequel le formateur qui n’est pas le seul transmetteur, vérifie que les données ont été intégrées et transformées en connaissances et en compétences, le moyen par lequel il est possible de voir ce que l’apprenant a appris par lui-même et de ses pairs.

Enfin, le métier de formateur ne peut se comprendre que dans le contexte dans lequel il s’exerce principalement. L’acculturation numérique concerne aussi le centre de formation, bien évidemment. Dans la formation des enseignants, le centre d’apprentissage tient une place essentielle, particulièrement comme lieu de l’alternance. Ce lieu, cette alternance, doivent aussi intégrer les usages du numérique.

Former à l’ère du digital ce n’est pas simplement maîtriser les outils, c’est afficher avec force la place centrale de l’apprenant et donc de la pédagogie.

 

La diffusion d’une culture numérique auprès des formateurs

Une idée (fausse) circule depuis (trop) longtemps à propos des technologies de l’informatque dans le milieu de la formation : selon certains, elles devraient nécessairement permettre à aux apprenants d’obtenir d’avoir plus de compétences. En effet, en quoi un outil – aussi intelligent soit-il – pourrait-il améliorer les compétences intellectuelles des individus ?

Il peut les assister, leur permettre de progresser dans leurs apprentissages, leur faciliter la tâche, démocratiser l’accès au savoir, mais d’aucune manière les outils informatiques actuels n’ont le pouvoir d’améliorer nos capacités cérébrales.

Quand le livre de poche, le manuel scolaire et toutes les autres formes d’imprimés à large diffusion, le stylo Bic© ou encore le Ronéotypage© sont apparus, n’ont pas permis intrinsèquement aux apprenants d’accroître leurs compétences intellectuelles. Ils ont, par contre, permis une accession et une diffusion plus massive et facilitée aux connaissances ; ils ont participé à une élévation générale des esprits, à un « nivellement par le haut » des compétences.

Le digital marque une rupture technique et intellectuelle dans le fonctionnement du système éducatif. Les outils informatiques sont là pour accompagner, diffuser et faciliter les apprentissages. Les enseignants l’ont d’ailleurs très bien compris en l’utilisant dans des logiques de pédagogies par projets ou de pédagogies adaptées (ou différenciées). L’outil informatique remplit alors une fonction de rassembleur le temps d’une production collective Il peut aussi répondre à des besoins d’accélération ou de décélération dans les apprentissages, toutes les personnes n’ayant pas le même rythme de travail : l’outil numérique vient alors assister le formateur qui ne peut pas répondre aux besoins tous spécifiques de ses élèves.

Si tout le monde s’accorde sur la grande difficulté qu’il y a d’évoluer dans notre société sans avoir des compétences minimales liées au digital (trouver une information pratique en ligne, réaliser des achats ; utiliser les réseaux sociaux à bon escient ; mais aussi : se cultiver, apprendre, découvrir ; avoir des comportements corrects et déontologiques ; jusqu’à la fabrication elle-même d’outils et services numériques), l’engagement des enseignants dans cette voie est très variable, en raison souvent d ‘un manque de formation.

Généralement, les initiatives sont prises à titre individuel et en fonction de compétences développées par chacun, en toute autonomie.

 

Le numérique transforme le métier des formateurs

L’usage du digital entre de plain-pied dans la formation : après les plateformes de formation à distance désormais bien connues, arrivent les MOOC, les communautés digitales d’apprentissage, le mobile-learning, les Fablab de compétences, les robots pédagogiques… Nouvel habillage de formats anciens ou nouveautés totales ?

La question interroge le secteur de l’apprentissage et engendre un regain d’intérêt du côté des pédagogues, car tout cela nécessite un travail minutieux de scénarisation.

L’émergence de l’informatique impacte profondément autant notre vie quotidienne, celle des entreprises et des organismes de formation ainsi que nos modes apprentissages. En effet, les modes de vie des personnes ont changé, elles n’ont plus beaucoup de temps à consacrer à l’apprentissage. Cela implique, pour les enseignants, une adaptation continue à cette mutation. Il est important que le formateur maîtrise lui-même la production du contenu de sa formation. Il n’est donc pas judicieux de confier ni l’élaboration des contenus ni la scénarisation technique à des techniciens. Cela exige de l’enseignant un renforcement de ses compétences ou l’acquisition de nouvelles. Il doit donc notamment être familier des outils numériques, des logiciels pédagogiques et des réseaux sociaux. Il doit être créateur de valeurs ajoutées,

Le “nouvel” enseignant, le formateur 2.0 doit être un accompagnateur, un coach, quelqu’un qui flèche les ressources, motive l’apprenant, l’aide à planifier son apprentissage, lui fait un “feed back” sur son comportement et ses réalisations. »

 

David Maily

David Maily

Responsable FOAD / Référent numérique chez Centre de Formation
Passionné de pedagogie et d'ingénierie de la formation
David Maily

Les derniers articles par David Maily (tout voir)

Votre Note
Vote pris en compte

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Inscrivez-vous à notre newsletter